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Toxicovigilance: les centres antipoison et l'Anses contre les intoxications du quotidien

Quels sont vos rôles respectifs dans le dispositif de toxicovigilance, et comment s’articulent-ils ?

JÉRÔME LANGRAND. Un centre antipoison est un service hospitalier dont la spécialité est la toxicologie médicale. La caractéristique assez unique des centres antipoison est d’assurer une mission mixte de soins et de vigilance. Chaque centre assure une prise en charge téléphonique des cas d’intoxication 24 heures sur 24. Les centres antipoison transmettent également des signaux aux agences sanitaires, par exemple l’Anses ou encore l’ANSM selon les situations, et échangent entre eux dans le cadre de la coordination assurée par l’Anses.

JULIETTE BLOCH. En effet, l’Anses coordonne depuis 2016 le dispositif de toxicovigilance et les activités de vigilance des huit centres antipoison français et du dispositif spécifique de l’Océan Indien. Pour ce faire, nous nous appuyons sur l’expertise des toxicologues des centres antipoison et d’autres experts, dans le cadre de groupes de travail thématiques de l’Agence : produits chimiques, produits réglementés (pesticides, biocides, médicament vétérinaire) et toxines naturelles.

Concrètement, comment cela se passe-t-il ?

JÉRÔME LANGRAND. À chaque appel, nous prenons en charge le cas et recueillons les informations associées. Nous disposons d’une base de données que nous renseignons en temps réel. Elle contient près de 4 millions de cas ! Des extractions peuvent être faites par différents opérateurs. Nous signalons directement les phénomènes graves, ou nouveaux, ou qui nous interpellent… À partir d’un cas inhabituel, nous vérifions si d’autres ne sont pas passés inaperçus. Parfois, nos investigations s’arrêtent et ne donnent pas lieu à une alerte sanitaire. Nous avons eu au centre antipoison de Paris deux intoxications très graves après consommation de morilles. Quand nous avons interrogé la base, nous en avons identifié d’autres. Notre expérience nous a montré que la détection d’un signal ne peut pas être 100 % humaine ni 100 % informatique.

JULIETTE BLOCH. L’Anses est destinataire des signalements et peut aussi accéder à la base de données des centres antipoison. Elle peut lancer des études, par exemple sur certains types d’intoxications, et effectue de la détection automatisée de signaux. Nous pouvons aussi mettre en place une surveillance quotidienne sur certains sujets, vérifier des tendances, tester des hypothèses. Nos travaux peuvent aboutir à des retraits de produits du marché. Cela a par exemple été le cas en 2021 de compléments alimentaires adultérés, c’est-à-dire contenant des substances qui n’auraient pas dû s’y trouver, ici de la sibutramine et du sildénafil. Nous travaillons avec les services de la DGCCRF, des douanes et de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique, compétents pour intervenir. Ces actions concrètes sont très gratifiantes, elles matérialisent notre vocation de protection des consommateurs contre les produits dangereux. Nous publions trois fois par an Vigil’anses, notre bulletin des vigilances, qui revient notamment sur des alertes emblématiques issues du réseau des centres antipoison. Disponible en français et en anglais sur le site de l’Anses, il participe à la sensibilisation du public et des professionnels.

Quelles sont les perspectives d’évolution pour améliorer la sécurité des consommateurs ?

JÉRÔME LANGRAND. L’animation par l’Anses des activités des centres antipoison permet de partager des informations dans un cadre structuré et de mener ensemble des travaux associant leurs compétences. C’est une collaboration vertueuse !

JULIETTE BLOCH. Si on ne sait pas quoi chercher, la base de données reste une boîte noire. Sans les signalements directs des experts des centres antipoison à l’Anses, nous aurions du mal à orienter les recherches. Notre collaboration fonctionne très bien et va se renforcer puisque 2022 verra la mise en place de deux nouveaux dispositifs de toxicovigilance en Martinique et en Guadeloupe, qui ne feront pas de la réponse téléphonique à l’urgence mais analyseront les données sur les intoxications à partir des données d’hospitalisations et de recours aux urgences.

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