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Transition écologique : ” Seules les entreprises capables de prouver leur intérêt pour la société seront encore là demain”

Ils se sont livrés à un puissant échange lors du webinaire « Construire la transition écologique ensemble, c’est possible ? » pendant la Semaine pour la qualité de vie au travail 2021. La sociologue Isabelle Ferreras, le syndicaliste Laurent Berger, l’entrepreneur Emery Jacquillat et le juriste Alexis Bugada partagent leur point de vue sur les leviers de la transition écologique au cours d’un webinaire sur le sujet. Extraits de cet échange.

« Revoir un modèle extractif »

Isabelle Ferreras, professeure de sociologie à l’Université de Louvain en Belgique et co-auteure du Manifeste Travail  entame les échanges en posant le constat d’un modèle économique « extractif vis-à-vis des humains et vis-à-vis de la planète » et rappelle deux dates clés.

« En 1944, avec la Déclaration de Philadelphie, les nations parties prenantes de l’Organisation internationale du travail réaffirment le principe que le travail n’est pas une marchandise – aujourd’hui, il faudrait dire : les travailleurs et les travailleuses ne sont pas des marchandises. En 1972, le Sommet de la Terre affirme le besoin absolu de respecter les limites planétaires (…). Aujourd’hui, nous avons un choix à poser avec ce que nos prédécesseurs ont déjà acté. Nous savons les directions qu’il faut prendre ; elles se trouvent au carrefour de trois principes : la démocratisation – c’est-à-dire que le citoyen doit se vivre aussi dans le travail -, la démarchandisation  – c’est construire un rapport collectif au travail, rendre le droit au travail opposable, et enfin la dépollution. »

« La seule voie de passage est la négociation collective »

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, place l’importance du dialogue social dans le contexte de la transition écologique :

« Aujourd’hui, si on est à un moment de bascule, c’est le passage de la prise de conscience à l’action. Il faut regarder quels secteurs, quels intérêts vont être percutés par cette absolue nécessité de la transition écologique. Cela veut dire qu’il faut parler d’emploi, de transition professionnelle, de besoin de compétences mais aussi du travail et de son contenu qui sera amené à évoluer (…). Les travailleurs doivent avoir une place dans ces transitions. Il y a des choix très compliqués à faire et la seule voie de passage est la négociation collective pour confronter les intérêts divergents qui vont émerger encore plus violemment dans cette transformation écologique. »

« L’entreprise, levier de transformation »

Emery Jacquillat, est président de la Camif et du Comité des Entreprises à mission. Il a racheté la Camif en 2009 pour transformer fondamentalement l’entreprise en plateforme de vente d’équipements pour la maison – de fabrication française et durable. La Camif a acquis dès 2017 le statut d’entreprise à mission. Son propos : 

« L’entreprise est probablement le plus puissant levier de transformation de la société que nous ayons à disposition. Il y a une urgence que l’entreprise se saisisse des enjeux sociaux et environnementaux. Seules les entreprises capables de prouver leur intérêt pour la société seront encore là demain parce que ce sont elles qui attireront les meilleurs talents, qui gagneront la bataille de l’emploi, qui redonneront du sens à leurs collaborateurs. C’est un levier d’innovation et de performance. »

« La transformation de la Camif a été un chemin long. Réinscrire le temps long dans l’entreprise est une des conditions du succès. L’autre clé du succès a été de réinterroger la raison d’être de la Camif avec toutes les parties prenantes en particulier les collaborateurs mais aussi les fournisseurs, les fabricants et les acteurs de territoire. Notre raison d’être se décline en objectifs de mission qui transforment l’entreprise. L’un d’eux est de faire de l’économie circulaire notre standard. C’est très engageant :  cela nous oblige à revoir toute notre offre et cela fait évoluer les métiers en interne.»

« En matière de dialogue social, le terreau est là. »

Alexis Bugada, professeur de droit à l’Université Aix-Marseille, a analysé des accords collectifs et leurs « clauses vertes ». Les résultats sont parus dans le rapport « Négociation collective et environnement ». Selon lui :

« S’il n’y a pas à proprement parler aujourd’hui d’accords « verts » parfaitement orientés sur la politique environnementale de l’entreprise, nous avons pu isoler au cours de notre recherche 300 accords collectifs de tous niveaux (interprofessionnels, branche, groupe, entreprise…) qui comportent des « clauses vertes » tout à fait intéressantes, souvent en lien avec le sujet RSE. Ces clauses environnementales commencent à raconter un schéma narratif de la transition « juste » à partir de la négociation collective (…). Sur le plan du dialogue social, le terreau est là, les outils sont là, il n’est pas forcément nécessaire d’en créer d’autres. Reste à en promouvoir les bons usages. »

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