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Tribune. Les entreprises doivent se préparer à une hausse des troubles politiques

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Manifestations contre le confinement en Allemagne, mouvement Black Lives Matter aux États-Unis ou incendies d’antennes-relais au Royaume-Uni : les dégradations, les perturbations et, en définitive, les pertes liées aux émeutes, protestations, actes de vandalisme et autres formes de troubles civils figurent aujourd’hui parmi les principaux risques politiques auxquels sont exposées les entreprises.

Les actes de terrorisme à grande échelle ont sensiblement diminué dans les cinq dernières années. En revanche, le nombre, l’ampleur et la durée des émeutes et des manifestations des deux dernières années sont stupéfiants. Ces dernières ont entraîné des pertes très importantes pour les entreprises. En forte hausse, les troubles civils sont alimentés par les manifestations contre les difficultés économiques ou les brutalités policières, qui ont touché des populations urbaines dans le monde entier. Et l’impact de la pandémie de Covid-19 aggrave la situation. Les signes d’une fin de la crise économique étant faibles, les protestations risquent de s’accroître.

Les troubles politiques, un risque majeur pour les entreprises

Causes de dommages matériels, d’interruptions d’activité ou de manques à gagner, les incidents liés aux troubles civils constituent un risque de plus en plus important pour les entreprises dans le contexte actuel, comme en témoigne le Baromètre des risques 2021 d’Allianz. Les risques et la violence politiques reviennent pour la première fois depuis 2018 dans le top 10 de cette enquête annuelle sur les risques mondiaux.

Cette tendance est confirmée par des études récentes prévoyant une forte augmentation du nombre de manifestants dans les deux prochaines années. Verisk Maplecroft, société de conseil spécialisée dans l’analyse des risques mondiaux, estime que 75 pays pourraient connaître une augmentation des manifestations d’ici la fin 2022. Parmi eux, plus de 30, essentiellement en Europe et sur le continent américain, seraient particulièrement touchés.

La violence politique a également causé d’importants sinistres d’assurance en 2020. Ainsi au printemps dernier, bien que pacifiques pour la plupart, les manifestations qui ont eu lieu dans 140 villes américaines, après la mort de George Floyd aux mains de la police de Minneapolis, coûteront au secteur de l’assurance entre un et deux milliards de dollars d’indemnités du fait des incendies, dégradations et pillages commis, selon Axios.

L’exemple des Gilets jaunes

Les entreprises peuvent subir des pertes financières alors qu’elles ne sont pas directement touchées par des troubles civils. Le chiffre d’affaires peut baisser si le quartier est bouclé pendant une période prolongée. Ou si les infrastructures doivent être réparées pour permettre le retour des clients, des fournisseurs ou des prestataires.

La pandémie pourrait accentuer les mouvements de violence

La pandémie de Covid-19 est une cause majeure d’augmentation des troubles civils. Elle a amplifié des griefs de longue date et leur a donné un point sur lequel se focaliser. Elle a aussi compromis la stabilité politique, en accentuant la polarisation et en mettant au jour des questions liées à l’égalité, à la dégradation des conditions de travail et aux droits civiques.

Le risque d’émeutes et de violence pourrait malheureusement s’intensifier en raison de la pandémie de Covid-19, estime Michael Stone, consultant en risques chez AGCS Amérique du Nord. Les mesures prises par les gouvernements pour lutter contre le coronavirus ont eu des conséquences socio-économiques majeures et accroissent le mécontentement dans différents segments de la population. L’impact est particulièrement sensible aux États-Unis, où le filet de sécurité sociale n’est pas aussi large que dans d’autres pays. Les gens sont inquiets. Ils ont tout perdu : emploi, santé, sécurité des revenus. Ils sont naturellement plus prompts à manifester et à crier leur colère. Il n’est pas surprenant que les manifestations anti-confinement puissent tourner à la violence.

Les théories du complot, apparues dans plusieurs segments de la population à la faveur de la pandémie, sont également le terreau de futurs troubles, provoquant des dommages matériels dans certains cas. Ainsi, une théorie établissant à tort un lien entre la technologie de la 5G et la diffusion du coronavirus a motivé des incendies criminels sur des antennes-relais au Royaume-Uni et dans d’autres pays européens, notamment en France.

Nécessite accrue d’un plan de continuité pour faire face aux troubles politiques

Il est essentiel de se préparer aux risques de violence politique, notamment dans les secteurs exposés, comme le commerce de détail. Pendant les deux jours de manifestations Black Lives Matter, fin mai 2020 à Chicago, presque toutes les vitrines de Michigan Avenue, dont les enseignes du Magnificent Mile, ont subi des dégradations.

Les entreprises doivent donc revoir leurs plans de continuité de l’activité (PCA). Ces derniers ne prévoient généralement que les catastrophes naturelles, alors qu’ils doivent aussi de plus en plus souvent envisager les troubles politiques et autres causes de perturbation de l’activité, comme les incidents informatiques. Il est indispensable de définir, de tester et de mettre en place des procédures qui prennent en compte le personnel et la clientèle, et comportent des plans de communication globaux, sans oublier les réseaux sociaux.

Les couvertures d’assurance

Les entreprises doivent également réexaminer leurs couvertures d’assurance. Les contrats d’assurance dommages couvrent parfois la violence politique, mais les assureurs proposent également une couverture d’assurance des risques spéciaux liés à la violence politique, pour atténuer l’impact des grèves, émeutes et mouvements populaires.

Auparavant, cette couverture était considérée comme un “plus” par les clients, contre des risques qualifiés de “peu inquiétants” par les assureurs. Mais la situation a changé depuis 2018, car la fréquence et la gravité de ces événements ont sensiblement augmenté. Nous constatons, chez AGCS, une hausse de l’intérêt et la demande des entreprises pour les garanties contre la violence politique.

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