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Tricotée, recyclée, made in France… La basket se met au vert

Sur plus de 400  millions de paires de chaussures vendues chaque année en France, une sur deux est une paire de baskets. Selon la Fédération française de la chaussure, ce marché approchait les 9 milliards d’euros en 2019 ! En partie grâce à moi… Mais voilà, je suis végétarienne, j’ai dit adieu au plastique jetable et j’utilise autant que possible des produits qui ne produisent pas de déchets.

Dans le monde merveilleux des sneakers, mes principes écolos se fissurent. L’empreinte carbone d’une paire de chaussures de sport (fabrication, emballage, transport…) s’élève à 14 kg de CO2 selon des chercheurs de l’Institut de Technologies du Massachusetts (MIT). Et les conditions de production sont souvent désastreuses pour l’environnement. La plupart des marques utilisent des matériaux polluants issus du pétrole et des teintures toxiques. 

Les baskets intègrent jusqu’à plus d’une cinquantaine de matériaux différents ! Et leur assemblage nécessite des coutures, de la colle… Allez tenter de recycler tout ça. Quasi impossible. Sans parler des conditions sociales de production, parfois épouvantables. En Chine, des Ouïgours ont ainsi été contraints de travailler pour Nike et d’autres grandes marques.

Cet article a initialement été publié dans WE DEMAIN n°33, paru en février 2021, disponible sur notre boutique en ligne.

La fast fashion se met au vert

Comme dans tous les domaines de l’industrie, la réponse des grandes marques s’organise. Adidas a repensé en version “vegan” ses modèles phares, comme la Stan Smith. Et devrait lancer d’ici l’été 2021 le modèle Futurecraft Loop, une basket qui se veut entièrement recyclable. La marque s’est par ailleurs engagée à n’utiliser que du plastique recyclé dans ses produits d’ici 2024.

De son côté, Nike promet de “réduire de 30 % l’empreinte carbone de sa chaine logistique mondiale d’ici 2030”. Et a notamment lancé la gamme Space Hippie, créée à partir de déchets d’usine. Mais, malgré ces efforts et ces promesses de la part des géants du marché, les modèles dits “écolos” restent terriblement minoritaires. 

Minoritaires aussi, les nombreuses marques qui émergent depuis quelques années avec une raison d’être plus durable. Il n’empêche, la basket écolo et éthique gagne du terrain. J’ai donc tenté de me frayer un chemin dans cette jungle. En cherchant à dénicher les marques qui tendent vers une production vraiment différente.

Les limites du modèle Veja

Quand on parle de tennis écologiques, on pense forcément à Veja. Fondée en 2004 par François-Ghislain Morillion et Sébastien Kopp, la marque française se retrouve aujourd’hui aux pieds d’Emma Watson, Marion Cotillard ou Emmanuel Macron. Le crédo de ses fondateurs  : des matériaux renouvelables et innovants, produits selon les règles du commerce équitable. Donc une main-d’œuvre justement rémunérée. Le coton bio de Veja provient d’associations d’agriculteurs du Brésil ou du Pérou; le caoutchouc naturel qui constitue 20 à 30  % de la semelle vient d’une coopérative d’Amazonie; et le cuir ou les matériaux recyclés du Brésil également. 

La main-d’œuvre, elle aussi, se trouve au Brésil, à Porto Alegre. Une marque française, mais des modèles made in Brasil, serait-ce là la limite de la philosophie Veja ? “Les fondateurs ont cherché un pays qui pouvait regrouper toutes les matières premières dont ils avaient besoin ainsi que des conditions de travail dignes, explique Marine Betran­court, chargée de la communi­cation de la marque. Le but était de tout centraliser dans un pays pour éviter que les paires fassent trois fois le tour de la planète pour être construites.”

Penser la fin de vie de la basket

Depuis la rentrée 2020, Veja se penche sur la fin de vie de ses produits, en organisant la collecte des paires usagées. L’objectif  : réutiliser leurs matériaux pour fabriquer de nouveaux modèles ou, mieux, les réparer dans une cordonnerie spécialisée installée à Bordeaux. Séduite par ces engagements et l’esthétique de la marque, j’en ai acquis une paire il y a plus de deux ans. Que je porte plusieurs fois par semaine. Et pour faire réparer une des coutures qui a fini par sauter, je compte bien faire un détour par la cordonnerie.

Mais Veja n’est plus la seule à conjuguer la fabrication de baskets avec le soutien de minorités ethniques. C’est aussi le cas des marques Inkkas, Perús, Mipacha ou encore N’Go. Les trois premières fabriquent des tennis au Chili ou au Pérou, en partie avec des tissus traditionnels. Toutes collaborent avec des ateliers artisanaux pour une rémunération juste et financent des projets locaux. Comme la préservation de la forêt amazonienne pour Inkkas; des programmes de scolarisation pour Perús; le soutien de projets communautaires à Cuzco pour Mipacha; ou des projets de construction d’écoles au Vietnam pour N’Go. Leur faiblesse, par rapport à Veja, est de moins investir dans la recherche de matériaux durables.

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Basket tricotée et recyclée

Reste que l’Amérique du Sud, c’est loin. D’autres marques privilégient les circuits courts et la mise en avant du savoir-faire français et européen. C’est le cas d’Iko & Nott, lancée en octobre sur la plateforme de financement participatif Ulule et qui coche non seulement la case de l’écoresponsabilité – matériaux biologiques ou recyclés provenants de France et d’Europe puis assemblés au Portugal –, mais aussi celle du féminisme ! Une nouveauté dans le monde de la basket.

Concrètement, la marque promeut une fabrication plus féminine, aussi bien pour ses chaussures que pour le pochon en tissu recyclé qui les emballe, conçu dans un atelier de réinsertion. Près de nous toujours, la marque française Ubac, fondée en 2018, qui a fait le choix de baskets en laine recyclée, issue de bornes à vêtements françaises et européennes, filée et tissée dans le Tarn. Dommage, ces chaussures sont elles aussi assemblées au Portugal.

La marque Ector, lancée en 2017, a elle aussi opté pour la technique du tricotage, non pas de laine mais d’un fil résultant du recyclage de bouteilles plastique, dont le fournisseur se trouve en Italie. Patrick Mainguené, fondateur d’Ector et fils de bottier, m’explique  : “ La technologie venait d’Asie et était utilisée pour des marques comme Nike ou Adidas. La difficulté était de trouver un tricoteur en France. Nous avons fini par trouver une société de Saint-Étienne, qui fabrique des genouillères ou des coudières et dont le tricotage technique se rapproche des contraintes que l’on peut avoir en chaussure.”

Les éléments, une fois tricotés, sont envoyés à l’atelier de Romans-sur-Isère, dans la Drôme. “Nous collectons les paires d’Ector en fin de vie, nous transformons la partie tricotée en granulés et les semelles sont broyées, précise-t-il. Nous recherchons une solution pour refaire des chaussures à partir de ces matériaux. Si tous les industriels se posaient la question de la fin de vie de leurs produits, nous aurions moins de plastique dans les océans.”

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Nouveaux matériaux, savoir-faire anciens

Une autre enseigne, Archiduchesse, spécialisée dans la chaussette made in France, récupère elle aussi ses sneakers en fin vie. Le polyester et le caoutchouc recyclé qui les composent proviennent de France, mais aussi d’Italie, du Portugal ou d’Espagne. Les modèles sont ensuite assemblés dans un atelier à Mauges-sur-Loire, près d’Angers. C’est également la stratégie de la marque Corail, qui récupère les déchets plastiques collectés dans la Méditerranée par des pêcheurs marseillais pour confectionner des modèles entièrement recyclables au style très épuré. Celles-ci, en revanche ne sont pas confectionnées en France, mais au Portugal. À défaut de pouvoir m’offrir de véritables baskets 100 % tricolores, je peux au moins faire le choix de l’Europe.

Quand des marques concentrent leurs efforts sur la relocalisation, d’autres surprennent avec de nouveaux matériaux. Adieu le plastique, par exemple, pour la marque Wilo, lancée en octobre 2019. Elle utilise du coton biologique, provenant d’Europe de l’Est, et du lait d’hévéa, le fruit du caoutchoutier, du Vietnam. Elle produit cependant en France  : les semelles en Isère et l’assemblage à Cholet. “On repart de zéro, avec des savoir-faire anciens”, raconte le fondateur, David Chapon. “Nous avons évalué notre empreinte carbone entre 1 et 2 kg de CO2 par paire.” Loin, très loin de la moyenne mondiale de 14 kg de CO2.

Basket innovante

La marque Supergreen, lancée en novembre sur Ulule, propose, elle, de nouveaux matériaux pour son modèle Popcorn. Ce dernier est confectionné en cuir de maïs d’Italie, avec des lacets en lin du Maine-et-Loire et une semelle en fibre de bambou et gomme recyclée du Portugal. Comme chez beaucoup de marques, le tout est assemblé près de Porto, dans “un atelier familial”, assure la marque, qui vend ses produits selon un système de pré-commande  : toutes les paires produites sont vendues. L’enseigne française Caval, quant à elle, a conçu une gamme en cuir de pomme, alors que la marque californienne Clae a façonné la première basket à base de cactus.

Matériaux innovants et écologiques, traçabilité, provenance, main-d’œuvre… Autant de critères à prendre en compte lorsque l’on choisit sa paire de basket. Et si ces derniers sont de plus en plus pris en compte dans les stratégies de certaines marques, l’enjeu majeur aujourd’hui est celui du recyclage, déjà proposé par plusieurs enseignes. Pour ma part, je dois reconnaitre que le modèle industriel développé par Veja, reste l’un des plus aboutis. Mais de jeunes marques comme Wilo, Iko & Nott ou N’Go se défendent et devraient gagner du terrain dans les années à venir. On peut du moins l’espérer. Autant de nouveaux designs, et d’occasions de sélectionner ses chaussures avec soin… sans oublier de les porter le plus longtemps possible ! Car la basket qui ne pollue pas reste celle que l’on n’achète pas. 

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