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Ukraine : La destruction de l’environnement, victime collatérale des guerres

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guerre ukraine feu ARIS MESSINIS AFP

Publié le 21 mars 2022

ENVIRONNEMENT

Au fil de l’histoire, l’environnement a toujours été une arme de guerre. Si sa destruction volontaire est aujourd’hui interdite, elle est malgré tout une victime collatérale des conflits. Et la guerre en Ukraine n’y échappe pas. Derrière un lourd bilan humain, se cache des pipelines, des mines désaffectées, des industries lourdes dont la dégradation pourrait provoquer une crise environnementale majeure. 

Trois semaines après le début de l’offensive russe en Ukraine, le bilan humain reste encore incertain tant les chiffres sont devenus une arme de guerre. Le président Volodymyr Zelensky affirmait le 15 mars qu’une centaine d’enfants avaient déjà été tués dans des bombardements d’écoles, d’hôpitaux ou d’habitations, ce que le président américain Joe Biden a qualifié de “crimes de guerre”. Si des pourparlers sont toujours en cours pour notamment permettre aux civils d’être évacués, au second plan, c’est aussi un scandale environnemental qui pourrait avoir lieu. 

“La destruction de l’environnement en temps de guerre n’est généralement abordée qu’après coup, voire pas du tout”, explique à Novethic, le responsable de l’environnement à Amnesty International, Richard Pearshouse. “Mais la guerre en Ukraine se distingue par le fait que le pays regorge de sites dangereux pour l’environnement, tels que des industries lourdes, des raffineries, des pipelines, des mines désaffectées et des centrales nucléaires. Le risque qu’une crise environnementale vienne s’ajouter aux niveaux horribles de la souffrance humaine est extrême”. En 2015, la Banque mondiale estimait ainsi que la région du Donbass abritait environ 900 grandes installations industrielles. Centrales à charbon, opérations utilisant des matériaux radioactifs, pipelines de pétrole, de gaz… les sites dangereux sont nombreux. 

Le 4 mars dernier, lorsqu’un incendie s’est déclaré dans un bâtiment de la plus grande centrale d’Europe, celle de Zaporijia, dans le sud-est de l’Ukraine, l’ensemble du continent a craint pour la sûreté et la sécurité nucléaires. Et de fait, c’est la première fois qu’un pays aussi nucléarisé est au cœur d’un conflit aussi important. “Il y a déjà eu des conflits dans des pays possédants des réacteurs nucléaires mais jamais de cette ampleur et ayant autant de réacteurs en fonctionnement”, explique Michaël Mangeon, spécialiste de l’histoire du nucléaire et chercheur associé au laboratoire Environnement, ville et société (EVS) de l’Université de Lyon. 

Agent orange, zones irradiées… 

De l’empoisonnement de l’eau des puits à la politique de la terre brûlée, la destruction de l’environnement en période de guerre n’est pas nouvelle mais elle s’est amplifiée au fil du temps. “Un conflit peut durablement transformer les écosystèmes, jusqu’à polluer irrémédiablement les sols, à la façon dont les tranchées de 14-18 ont définitivement modifié les 120 000 hectares de champs de bataille désignés comme ‘zone rouge'”, décrypte sur Linkedin Edouard Jolly, chercheur en théorie des conflits armés et philosophie de la guerre. “Les conséquences écologiques de la guerre peuvent provoquer des désastres très variés, allant de la pollution à l’agent orange dans les forêts vietnamiennes jusqu’aux zones irradiées dans la durée en raison de la multiplication d’essais nucléaires sur les mêmes sites, comme à Semipalatinsk (Kazakhstan), essais qui nous rappellent que par le passé des centaines de bombes nucléaires ont déjà explosé.”

Aujourd’hui, selon le Comité international de la Croix-Rouge (ICRC), il est interdit de porter délibérément atteinte à l’environnement naturel tel que la destruction des ressources naturelles ou l’épandage massif d’herbicides, qui pourrait bouleverser l’équilibre écologique d’une région. “Cependant, la plupart des atteintes portées par les conflits à l’environnement sont des dommages collatéraux”, souligne l’ICRC. “Il est difficile de l’imaginer maintenant, mais lorsque les armes se tairont, nous aurons besoin d’une aide pour reconstruire l’Ukraine, et cela passe notamment par une évaluation détaillée des impacts environnementaux de cette guerre et par le nettoyage des sites fortement contaminés”, conclut Richard Pearshouse. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina

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