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Une petite histoire du changement climatique : comment la science en est-elle arrivée là ?

L’Homme se préoccupe de son action sur le climat depuis bien plus longtemps qu’on ne le croit. Quelles avancées scientifiques ont mené à ce que l’on sait du changement climatique aujourd’hui ?

On a souvent l’impression que le changement climatique est une préoccupation récente. C’est vrai qu’avant les années 80, il n’y a pas de consensus scientifique sur l’origine anthropique du changement climatique. C’est vrai également qu’il faut attendre les années 2000 pour que la société civile et la sphère politique s’emparent massivement de la question. Pourtant, l’Homme s’intéresse au climat depuis bien plus longtemps que cela. Dès l’Antiquité, on donne une définition du climat et dès le XVe siècle, on se rend compte que les humains peuvent agir sur le climat. Saviez-vous que Christophe Colomb parlait déjà d’action de l’Homme sur le climat ? Qu’une femme, Eunice Foote, avait été la première à prouver l’existence de l’effet de serre ? Que le réchauffement climatique avait longtemps été considéré comme bénéfique ? Nous approfondirons ces points et bien d’autres dans cette petite histoire du changement climatique.

XVe-XVIIIe : la reconnaissance de l’agir de l’homme sur le climat

Climat et colonialisme

A la fin du XVe siècle, Christophe Colomb est l’un des premiers à rapporter le fait que l’Homme, en modifiant son environnement, peut modifier le climat. C’est ce qu’expliquent Fabien Locher et Jean-Baptiste Fressoz dans leur livre Les révoltes du ciel, Une histoire du changement climatique du XVe au XXe siècle. Lors de l’un de ses voyages aux Caraïbes, Christophe Colomb constate que lorsque l’on coupe des arbres sur les îles, les pluies diminuent. Ce qui est vu d’un bon œil car les pluies font pourrir les réserves de nourriture.

C’est un argument qui va permettre d’asseoir la domination coloniale au XVIe et au XVIIe siècle. En Amérique ou en Inde par exemple, les peuples autochtones sont accusés de ne pas entretenir leur environnement et de laisser un climat défavorable se développer. Les colons européens déforestent les territoires où ils arrivent, ils les rendent propres à la culture, ils ouvrent des chemins dans les forêts. Les colons modifient leur environnement et par là le climat local. Ils justifient ainsi leur prise de possession des nouveaux territoires et l’asservissement des populations autochtones. 

L’étude du climat

Le climat est étudié depuis l’Antiquité où on définissait les zones torrides inhospitalières et les zones tempérées propres à la vie en fonction de la latitude et de la présence d’eau. Dans son Histoire naturelle de 77, Pline l’Ancien évoque même déjà la possibilité d’un impact de l’Homme sur le climat.

A partir du XVIe siècle, les recherches sur le climat s’intensifient, motivées par les besoins du commerce international. Les colons ont besoin de connaître le climat dans les nouveaux territoires conquis pour savoir où s’installer et les marchands veulent connaître la météo pour organiser leurs commerces. En 1660, en France, on commence des enregistrements météorologiques réguliers. A partir de 1770, on étudie ces enregistrements d’un point de vue rétrospectif : c’est la naissance de la climatologie. Dans le même temps, on commence à étudier les proxies climatiques : des indicateurs qui donnent des informations indirectes sur le climat. On s’intéresse, par exemple, à l’évolution des glaciers en Suisse, à la répartition de la végétation ou à la date des vendanges. 

Il est surprenant de constater, qu’à cette période, le changement climatique est vu comme très positif car il permet d’améliorer les conditions de vie. Au XVIIe, par exemple, les colons français au Canada vont entraîner un réchauffement du climat local en déforestant, en asséchant les marais et en cultivant les terres. Les récoltes seront donc meilleures et les conditions de vie des colons plus agréables. Ce changement climatique local sera utilisé par l’Etat français pour montrer l’impact positif de la colonisation française sur le Canada. 

Les premières inquiétudes

Cependant, des premières voix s’élèvent pour mettre en garde contre un possible impact négatif de l’action de l’Homme sur le climat. En 1666, un médecin anglais en Jamaïque, Henry Stubbe rapporte que le climat de l’île s’est détérioré du fait des hommes qui ont déforesté : il y a moins d’arbres donc moins de pluies. 133 ans plus tard, le naturaliste Alexander Von Humboldt fera le même constat au Venezuela. Il sera le premier à parler de dommage au climat causé par l’Homme. 

Au début du XIXè siècle, c’est aussi là que l’on commence à parler de catastrophe climatique avec l’éruption en 1815 du volcan Tambora. L’éruption de ce volcan indonésien envoya dans la stratosphère de grandes quantités de cendre et d’aérosols qui provoquèrent un hiver volcanique. Cela conduisit à des famines catastrophiques en Chine et en Inde et à la mort de 90 000 personnes. Volney, orientaliste français, fut le seul à cette époque à faire le lien entre l’éruption et le refroidissement du climat. Cependant, les inquiétudes et questionnements quant au climat augmentent dans la société. Le Ministère de l’Intérieur français lance d’ailleurs, en 1821, une grande enquête qui demande aux préfets si le climat de leur département a changé en 30 ans et si l’homme en est responsable.

En 1824, le physicien français Joseph Fourier conclut que “la température du sol est augmentée par l’interposition de l’atmosphère”. Il découvre ainsi l’effet de serre. Mais c’est la chercheuse américaine Eunice Foote qui prouvera pour la première fois l’existence du phénomène en 1856. Elle découvre également que le CO2 retient particulièrement bien la chaleur. C’est finalement en 1896 que le Suédois Svante Arrhenius modélisera la contribution du CO2 à l’effet de serre

Fin du XIXe – milieu du XXe : un désintérêt pour le climat

Malgré ces importantes découvertes scientifiques, la société de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècle se préoccupe beaucoup moins du climat. Les inquiétudes liées au possible changement du climat sont mises de côté. Ceci pour deux raisons. Tout d’abord, le déploiement du chemin de fer a rendu les sociétés occidentales beaucoup moins vulnérables aux variations climatiques. En cas de faibles récoltes, elles peuvent commercer avec les pays voisins. La deuxième raison se trouve dans le fait que la science du climat, après de grandes avancées, se retrouve maintenant dans une impasse. Elle a produit de nombreux outils pour mesurer les changements climatiques mais elle n’a pas été capable de prouver clairement l’impact de l’Homme sur le climat. 

1950 – aujourd’hui : la prise de conscience de l’ampleur du problème

L’accélération

La publication d’un article en 1957 va relancer la recherche. Roger Revelle et Hans Suess montre dans cet article que l’océan n’absorbe qu’une partie du CO2 : le reste s’accumule dans l’atmosphère. Ils décrivent le réchauffement climatique comme “une expérience géophysique menée à grande échelle”, une expression restée célèbre.

A partir de là, tout s’accélère. A partir de 1958, le scientifique américain Charles Keeling commence à mesurer le taux de CO2 dans l’atmosphère à Mauna Loa. Dans les années 1970, ses observations montrent déjà une augmentation constante. Cette “courbe de Keeling” alertera le monde sur la contribution anthropique à l’effet de serre et au réchauffement climatique. Au même moment, les scientifiques intensifient leurs efforts pour évaluer l’impact qu’une plus grande concentration de CO2 sur le climat. En 1979, l’Académie Nationale des Sciences des Etats-Unis publie un rapport dans lequel elle conclut qu’un doublement de la concentration en CO2 entraînerait une augmentation de la température de surface de 1,5 à 4,5°C.

C’est aussi à ce moment-là que l’on commence à s’intéresser aux autres gaz à effet de serre. En 1975, des chercheurs américains publient un article qui montre que le CO2 n’est pas le seul gaz à effet de serre généré par les activités humaines. L’expression “réchauffement climatique” apparaît pour la première fois, cette année-là. Elle a été inventée par le climatologue Wallace Broecker dans la revue Science. A la fin des années 1970, la science a produit des modèles généraux de circulation atmosphérique mondiale. En 1987, on découvre l’existence du trou d’ozone stratosphérique. Le rapport de Brundtland “Notre avenir en commun” est publié. 

La création du GIEC

Cette effervescence scientifique mène à la création, en 1988, du GIEC (Groupement d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat). Celui-ci publie ses premiers rapports en 1990. Le rapport concernant les preuves scientifiques du changement climatique aura un retentissement mondial. Il établit la responsabilité des humains dans l’effet de serre. Ces rapports, alliés aux événements climatiques extrêmes de la fin des années 1980, vont attirer beaucoup d’attention sur le changement climatique. Les négociations internationales peuvent alors commencer. En 1992, a ainsi lieu le Sommet de Rio, première conférence mondiale concernant le changement climatique. 

La réponse politique se fait attendre

Nous l’avons vu, les Hommes se préoccupent depuis bien longtemps des questions climatiques. Depuis l’Antiquité, ils s’interrogent sur une possible action anthropique sur le climat. Les avancées technologiques ont pu éloigner les Hommes de leur environnement et écarter pour un temps la menace climatique. Cependant, on a vu ces dernières décennies resurgir des angoisses liées aux conditions climatiques. La science, depuis 50 ans, a progressé à une vitesse incroyable. Elle a pu prouver définitivement que l’Homme est responsable par ses actions du changement climatique. Pourtant, ces découvertes scientifiques ne sont pas accompagnées d’actions politiques. Les négociations internationales s’enlisent et ne parviennent pas à des décisions efficaces. Il est temps que la réponse politique soit à la hauteur de l’inquiétude scientifique et de la société.

Photo de Andrew Neel sur Unsplash

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