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Urgences, ça craque !

hopital de Draguignan

En dépit des belles annonces gouvernementales, le système hospitalier craque. À Draguignan, soignant·es et citoyen·nes se réunissent chaque vendredi soir depuis bientôt 1 an devant les urgences, désormais fermées la nuit.

Ce vendredi 16 septembre, les manifestant·es se réunissent pour la 47e fois devant le service des urgences de Draguignan (Var). Car cela fait 47 semaines que les urgences sont fermées, chaque nuit, dans le bassin de la Dracénie, qui représente quelque 110 000 habitant·es – et beaucoup plus en été. Concrètement, cela donne lieu à des situations ubuesques et surtout extrêmement dangereuses. Une soignante nous raconte : « Un soir, un monsieur est arrivé aux urgences à 2 heures du matin. Il était très inquiet pour son fils, qui présentait de fortes difficultés respiratoires. Est-ce qu’il faisait une crise d’asthme ? Peut-être, mais pour établir un diagnostic, il faut un médecin, et il n’y en avait pas. Il a donc été orienté vers les urgences de Fréjus, à une bonne demi-heure de là. Mais comme tous les services sont en surchauffe, là-bas, il n’y avait encore personne pour s’occuper de son fils. Ils lui ont demandé de partir aux urgences de Toulon, à une heure de route ! » Vous avez dit « urgences » ?

« Faire du tri ? Impensable pour moi… »

À Draguignan, à partir de minuit, seule une équipe du Smur est présente pour les cas d’urgence vitale. Mais le Smur se déplace, et une seule intervention peut l’accaparer la moitié de la nuit. Infirmière et adhérente à la CGT, Marlène Lafoucrière a 32 années d’hôpital public derrière elle. « Une infirmière libérale gagne beaucoup mieux sa vie, mais j’ai choisi le public par conviction, explique-t-elle. En début de carrière, je touchais presque l’équivalent de deux Smic. Aujourd’hui, je suis à environ un Smic et demi. Le pire, c’est que le salaire, ce n’est même pas notre principale revendication ! » Contre toute attente, en décrivant cette situation, Marlène se marre. « Des fois je me dis que le rire, c’est notre dernière ressource, poursuit-elle, redevenant plus grave. Mais ça devient de plus en plus dur d’en rigoler. »
Même si le niveau de salaire y est forcément lié, notamment parce qu’il explique en partie le manque de candidat·es pour l’hôpital, la principale attente des soignant·es porte sur les conditions de travail. « Mon métier, c’est prendre soin des humains. Aujourd’hui, je ne peux plus le faire, ce n’est tout simplement plus possible de soigner correctement. Je dois courir pour tenter de trouver un médecin, partir à la recherche du matériel dont j’ai besoin, etc. Et je n’ai plus de temps pour les patients. »

Selon Marlène, les conditions se détériorent depuis de nombreuses années, mais la période Covid a tout fait voler en éclat. « Pour la première fois, on a dû choisir les patients, faire du tri. C’est impensable pour moi ! On n’a jamais demandé à être applaudis tous les soirs à 20 heures. En revanche, pendant que les gens applaudissaient, le gouvernement continuait à fermer des lits ! »

Un ahurissant manque d’effectif

Difficile de voir autre chose qu’une volonté de détruire le système hospitalier. Frédéric Duthé, du Collectif urgences Dracénie, explique par exemple que la fermeture des urgences est le résultat d’un ahurissant manque d’effectif. « On est à 7,8 équivalents temps plein (ETP) au lieu de 22. En psychiatrie, on est à 1,8 ETP au lieu de 8. Du coup, les patients sont orientés vers Pierrefeu, à presque 1 heure de route, alors qu’on sait qu’il s’agit de patients fragiles, et que les visites de la famille sont particulièrement importantes pour eux. En plus, eux aussi, à Pierrefeu, sont en sous-effectif… »
Certaines revendications du collectif permettraient, à très court terme, de donner un peu d’air à une structure en pleine asphyxie. Par exemple l’embauche des médecins Padhue – praticiens diplômés hors Union européenne – qui ont été appelés en renfort pendant la crise du Covid mais n’ont plus le droit d’exercer à l’hôpital depuis. Ou encore la réintégration des personnels non (ou pas suffisamment) vaccinés, toujours suspendus à ce jour.

« Nous sommes favorables à ces mesures, d’autant qu’on sait désormais que la vaccination a très peu d’effets sur la transmission du virus », indique le député France insoumise Manuel Bompard, qui était présent ce vendredi-là avec la députée européenne Marina Mesure (FI). En attendant, la direction de l’hôpital a lancé des travaux pour aménager 4 cabinets de consultation destinés à accueillir… des médecins libéraux. « Et c’est nous qui allons tenir leurs carnets de rendez-vous », s’agace Marlène.

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