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Vie de chantier

J’interviens sur des chantiers pour le compte d’une société de travaux de maintenance / rénovation. Mandaté par la maison mère pour faire évoluer l’approche sécurité sur les chantiers, je suis face à une situation schizophrénique du côté donneur d’ordre autant que sous-traitantchantier

Les arrêts techniques sont sous-traités par les entreprises utilisatrices. Il s’agit, sur une période déterminée, de remettre à niveau une installation en intégrant de la maintenance, en général relativement lourde tout en faisant coïncider cela parfois également avec évolution technique. C’est l’occasion pour une entreprise de vérifier et caler sa fiabilité en tenant compte des usures constatées, des remplacements imprévus, … 

Et donc, au sein de cette organisation, il est devenu habituel que la coordination sécurité soit, elle-même, sous-traitée à une société spécialisée en prévention des risques, grosse (BV, Apave, Socotec) ou petite (société de conseil similaire à la mienne). 

Les exigences sont élevées à travers le discours, les plans de prévention rédigés et partagés et les accueils individuels qui peuvent être de bon niveau (j’ai rencontré quelques homologues doués pour faire passer les messages élémentaires quel que soit la langue européenne 😉 – on était à la limite du théâtre mimé). 

J’aborde donc mes premiers chantiers avec la certitude qu’il y a un écart important entre les exigences et la réalité. 

Sur le papier c’est le cas, les écarts sont légions entre l’analyse des risques, les mesures de prévention et la réalité du terrain. Je ne suis même pas certain que l’on puisse s’appuyer sur la différence connue entre prescrit et réel. Il s’agit ici d’un gouffre, d’une tête que l’on détourne très (trop) facilement.  

L’accident de chantier

Mon second chantier a été symptomatique de ces pratiques malhonnêtes. A peine arrivé sur le chantier, je suis averti d’un accident (appelé presqu’accident sur place) de la société pour laquelle je travaille. Le chantier est stoppé… Sacré commencement me dis-je ! 

Le temps de se changer après quelques heures de route, je passe par l’accueil, inscris mon nom au registre et file sur le chantier avec le chef d’équipe. Et là, effectivement, les pratiques exposent à un risque de chute / coincement (espace libre entre deux poutres). L’un des salariés a glissé et il s’est retrouvé « à cheval » sur une poutre, avec une douleur certaine à l’entre-jambes. Le coordinateur chantier m’interpelle (pas très poliment)  et me demande ce que c’est que cette entreprise… 

Ensuite, on discute et j’apprends par cette même personne que le signalement a été fait depuis 2 jours et que le chantier n’a pas été arrêté (en accord avec le directeur de site, par ailleurs). Et là, c’est l’urgence ! 

Action – Réaction

Je me croirait revenu je ne sais à quelle époque. Du haut de mes 48 ans, je rencontre un coordinateur de chantier (pas dans une SPS) d’arrêt technique qui est fier de me dire qu’il a fait el plus grands chantier, qu’il na jamais vu ça… et quand je lui demande pourquoi il n’a pas arrêté le travail depuis 2 jours alors que la situation à risque est présente, je me fais E.g…… (pour rester poli). 

Je ne nie aucunement la responsabilité du chef d’équipe que j’accompagne, mais je commence à mieux comprendre l’environnement de travail (jusqu’ici tout va bien, on continue) favorable à l’incubation d’accidents. 

Autre chantier

Autre chantier, le  directeur de site m’accueille en m’expliquant les règles de sécurité sur site. Je me dis que c’est plutôt carré, le discours est bon mais voilà un doute arrive quand il me dit : vous direz bien qu’ils respectent le port du masque et tatati et tatata c’est important. Le chef de chantier m’accueille en m’expliquant ce qu’il fait, nous sommes dans le sud de la France, il fait 35°. Le travail est physique l’exiguité d’accès empêche les aides à la manutention, les éléments portés et bien… je n’ai pas réussi à en lever un d’une main ils semblent peser aux alentours de 40kg peut-être plus et il faut porter un masque P3 (poussières). 

Je rencontre le chargé de sécurité du chantier, nous échangeons et je mesure son embarras face à la réalité du travail à effectuer, les délais et moyens mis en œuvre. Plutôt que cautionner, il détourne la tête, insiste sur le port du casque face à un risque autrement plus important par ailleurs, ne veut pas entendre parler d’un temps de travail propice aux accidents (pas plus que le directeur – trop content de raccourcir la durée de son arrêt technique). L’arrêt actuel est de 10 jours contre 17 jours il y a 4 ans. 

Ce n’est pas la première fois que je travaille pour des entreprises valorisant leurs réussites en terme de sinistralité basse tout en mettant une pression, qu’ils n’accepteraient pas pour leurs équipes, à des sous-traitants.  

Une entreprise schizophrénique

Et donc me voilà à accompagner une entreprise schizophrénique par le vite, bien, pas cher, sans accident pliant aux exigences clients pour gagner des marchés et satisfaire un client pas moins schizophrénique dans sa différenciation entre ses salariés et les salariés des entreprises extérieures. 

Conclusion

Une fois encore cela confirme la difficulté d’entrer dans une culture de prévention réelle de s’y engager, d’en faire un facteur de sélection des sous-traitants, d’être intransigeant tout en entendant les aménagements nécessaires pour améliorer les situations à risques recensées. 

Ni le chargé de sécurité chantier, ni l’entreprise d’accueil n’enregistrent les points bloquants pour les réduire l’année suivante. Il n’existe que très peu de benchmark chantier. La sélection se fait sur le prix et la durée d’intervention… 

A vos réflexions, en qualité de préventeur, il reste un gros travail à mener et ce n’est pas la réforme des services de santé qui changera beaucoup de chose… 

Merci 

Jérôme ALLAIRE

GRIPHE CONSEIL

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