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Vivre sans technologie : quand les low-techs innovent, loin du retour à la bougie

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What a bird

Publié le 15 juillet 2022

Les low-techs s’affichent comme un idéal de sobriété : moins de technologies, de ressources, de déchets… Ce mouvement popularisé par des passionnés en quête d’autonomie infuse aujourd’hui dans les réflexions sur l’innovation et l’ingénierie. Les pionniers de la low-tech nous réapprennent à cibler ce dont nous avons réellement besoin tout en s’adaptant aux ressources que notre environnement peut offrir. Toute la semaine, Novethic explore les nouvelles façons d’aborder la sobriété, dans une série “vivre sans”.

Les Low-techs sont aujourd’hui prises au sérieux. Loin d’un retour à la bougie, ces technologies se veulent durables, utiles et accessibles à tous. Le salon Vivatech, grand rendez-vous de l’innovation en France et en Europe a même décerné le prix de l’innovation en santé de l’édition 2022 à What a bird, un petit filtre à eau à poser sur des bidons qui coche de nombreuses cases des valeurs low-tech. Très utilisé par les ONG  humanitaires, sa maintenance est réalisable avec un simple nettoyage, sans besoin de changer le filtre. “Le regard sur les low-tech est en train de changer : on sort des gentils bricolages réalisés par quelques passionnés”, confirme Philippe Bihouix, ingénieur spécialisé dans l’épuisement des ressources minérales et qui a popularisé le terme “low-tech” avec son livre “L’Âge des low-tech” publié en 2014. 

À l’origine de la tendance low-tech, ce sont des passionnés qui redécouvrent ensemble des techniques de la vie quotidienne. Certains d’entre eux se sont réunis en Bretagne cet été. Du 25 juin au 3 juillet, l’évènement festif du “Village Low Tech” à Concarneau a mis à l’honneur les découvertes du “Nomade des Mers”, un voilier qui a parcouru les océans pendant six ans pour apprendre de nouvelles low-techs. Frigo du désert, éolienne faite main… Les précieuses techniques sont décrites sur le site du Low Tech Lab.

Adopter des pratiques plus raisonnées

Mais la démarche low-tech infuse aujourd’hui même dans les milieux les plus high-techs, en amenant les ingénieurs à adopter des pratiques plus raisonnées. “Pour moi les low-techs sont une démarche plus qu’une définition. Prenez le vélo : difficile de le fabriquer sans un certain nombre de high-techs. Mais une fois en main, vous avez un objet durable, peu consommateur de ressources, simple à réparer”, précise l’ingénieur Philippe Bihouix. Selon lui, les low-techs apportent la vertu philosophique du “techno-discernement”, c’est à dire de “ne faire appel aux technologies et à leurs précieuses ressources que là où elles sont indispensables”.

L’idéal low-tech va donc plus loin que l’éco-conception”, prévient de son côté Tatiana Reyes, enseignante-chercheuse à l’Université technologique de Troyes. Elle a créé récemment un cours sur les low-techs, un sujet plus pertinent que l’éco-conception selon elle pour être à la hauteur des exigences écologiques actuelles. Ce qu’elle veut apporter pour les ingénieurs, c’est le réflexe de se confronter au terrain afin de comprendre les besoins, très variables en fonction des lieux et du contexte social.

Revoir toute la conception des objets de notre quotidien

L’ensemble de la conception d’objets emblématiques de notre quotidien se voit transformé pour respecter les valeurs low-techs. Par exemple, la Gazelle, voiture pensée pour être la plus légère et la moins consommatrice en énergie du marché, pourra être créée dans des mini-usines locales grâce à un assemblage d’éléments simplifiés. Ce n’était pas si simple à imaginer. Il a déjà fallu huit ans de travail à l’entreprise Gazelle-tech et il en faudra encore deux pour que le véhicule soit commercialisé, si son homologation est bien validée en 2022. Le prix très élevé de lancement, évalué à 20 000 euros, reflète la complexité de la mise en place d’une ingénierie low-tech.

Même chose pour le numérique, intrinsèquement technologique, qui ne sera jamais low-tech selon le collectif BAM, un ensemble de designers prônant l’autonomie des utilisateurs et le “faire soi-même”. Toutefois, les designers s’inspirent de la démarche low-tech pour penser un “numérique réaliste”, “qui s’inscrit dans les limites réelles planétaires, plutôt qu’un numérique sans contrainte, irréaliste et fantasmé de la Silicon Valley”. Les solutions évoquées sont de favoriser la durabilité et la réutilisation avec par exemple des outils open-source, c’est-à-dire modifiable sans dépendre des développeurs, et qui fonctionnent sur de vieilles machines.

Au delà des méthodes de conception, la tendance des low-techs amène aussi à remettre en question nos modes de vie. “La plupart de nos besoins sont socialement construits, on désire ce que désirent les autres. Certains services inexistants deviennent indispensables en quelques années, la notion de confort se décale aussi assez rapidement”, rappelle Phillippe Bihouix.

Fanny Breuneval

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